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A la rencontre de Jérôme Laurent, un infirmier pas comme les autres…

29 March 2016 - 9:01

Interview de Jérôme Laurent par Margaux Mol.

Son parcours :

J’ai d’abord étudié la linguistique à Lyon dans le but de devenir instituteur. Je me suis ensuite réorienté vers des études d’infirmier à Clermont-Ferrand. J’adorais la pédiatrie, les soins d’urgence, la réanimation ainsi que la psychiatrie. J’ai commencé par travailler en pédiatrie puis je suis parti m’installer en Belgique. C’était il y a 13 ans. J’ai fait de l’intérim et je me suis retrouvé en bloc opératoire. En parallèle, j’ai suivi une formation en psychanalyse pendant 5 ans, puis une formation d’infirmier anesthésiste. J’ai entamé une collaboration avec le service d’anesthésie de la Clinique Sainte-Anne Saint-Rémi, et c’est ainsi que j’ai découvert le travail sur la douleur. De là est née l’idée de lancer mon premier projet, VR4Smile. De ce projet en ont découlé d’autres toujours aussi intéressants qui s’appuient sur l’expérience des patients. Bien que l’investissement en temps dans mes projets soit non négligeable, je reste infirmier en aménageant mon temps de travail, ce qui me permet de garder le contact et de partager des préoccupations de terrain avec mes partenaires et d’avoir une relation privilégiée avec mes patients.

Vous parlez de votre premier projet VR4Smile, pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?

Avec plaisir ! VR4Smile est une application ludique qui aide à soulager la douleur des enfants hospitalisés. Ce programme informatique sur tablette permet de distraire les enfants pendant les soins. Il permet aussi de réinterpréter la sensation douloureuse. L’enfant, à travers la webcam, voit le lieu de soins et peut y ajouter des éléments virtuels qui sont positifs pour lui. Par exemple il peut arroser ses pieds ou autres endroits douloureux pour les soulager, c’est ce que l’on appelle le principe de la suggestion hypnotique. Grâce à cette application, je me suis beaucoup rapproché de l’hôpital des enfants.

Avez-vous lancé cette application seul ?

Non, j’ai eu l’idée du projet et j’en ai parlé à mon ami ingénieur Frank Casado qui s’est montré enthousiaste. Nous avons donc travaillé ensemble. J’ai trouvé très intéressant de pouvoir mettre en commun nos compétences professionnelles. Pour lancer VR4Smile, nous avons réalisé une étude clinique concluante. Puis, nous avons lancé une collaboration avec un studio de jeux vidéo, Belle Productions. Avec la Croix-Rouge française, nous avons adapté le jeu pour des enfants qui souffrent de paralysie cérébrale. J’ai également travaillé avec Thibaud Remacle, le cofondateur de la société Softkinetic (spécialisée dans reconnaissance gestuelle en 3D).

laurent V02Ce partage de compétences vous a donc permis de vous lancer vers d’autres projets ?

En effet. Mais le projet suivant est survenu suite à la chute d’une dame âgée qui est restée à terre pendant huit heures d’affilée. Très touchés par cette situation, nous nous sommes dit qu’il fallait trouver comment éviter qu’un tel scénario ne se reproduise. Thibaud Remacle ayant des compétences en création de sociétés et en capteurs 3D, nous nous sommes lancés dans la création d’un capteur qui permet à la fois de détecter les chutes et de faire de l’analyse comportementale dans un but de les prévenir. Ce travail se poursuit en collaboration avec le groupe Chirec, l’hôpital Saint-Pierre et un partenaire industriel allemand pour la réalisation du capteur 3D.

Comment ce capteur fonctionne-t-il ?

On place le capteur dans un coin de la pièce. Celui-ci en analyse la composition (un lit, une chaise, etc.) et les déplacements des personnes. De deux choses l’une, soit le patient tombe et l’appareil envoie une alarme sur le téléphone de l’infirmière. Soit le patient est considéré à risque par l’équipe et le capteur avertit le professionnel de santé dès que le patient s’agite ou souhaite se lever de son lit. Il pourra donc agir avant la chute. Une part de l’innovation réside dans le fait que le dispositif fonctionne avec une sorte d’intelligence artificielle (la logique floue) et que le travail continu sur l’amélioration de l’algorithme (conduit avec le réseau hospitalier) enrichit la qualité des reconnaissances de variations de comportement. Ce qui est aussi intéressant avec ce capteur, c’est qu’il a permis de faire un pont entre une technologie industrielle et une pratique de soin. Il optimise le temps de travail des infirmiers et participe à améliorer la “démarche qualité” de prévention des chutes. Et c’est un enjeu de taille avec le vieillissement de la population. Finalement, les équipes auront un outil pour monitorer et comprendre les chutes.

De plus, le capteur respecte la liberté et la vie privée des patients : il ne prend pas d’images et quand un patient est autonome, c’est de concert avec l’équipe que le niveau d’alarme sera adapté (on peut choisir de ne détecter que la chute, la nuit ou le jour…). Une des valeurs centrales de notre projet relève de l’éthique et consiste à ne pas prendre l’ascendant sur le patient. La personne âgée a droit à la prise de risque et à la chute. Notre système est là pour adapter l’environnement et améliorer les prises en charge, faciliter les interventions humaines.

Pour connaître l’origine des chutes les plus fréquentes, je suis parti d’un registre de chutes dans les hôpitaux et j’ai constaté qu’elles surviennent le plus souvent quand les patients se rendent aux toilettes pendant la nuit. Notre solution s’est construite au sein de l’hôpital.

 Comment se passe le suivi du patient lors de sa sortie de l’hôpital ?

Lorsqu’il est à l’hôpital, le patient est monitoré, surveillé de près. Le risque de chute est contrôlé. En cas de chute, il restera moins longtemps par terre. Par contre, à la sortie de l’hôpital, le risque est évidemment plus élevé du fait de la fragilité de la personne et du manque de prévention (il y a beaucoup de rechutes au domicile). Le patient est donc dépendant du réseau de soins extérieurs. Le problème est que ce réseau discute très peu avec les hôpitaux et inversement, ce qui ne facilite pas la gestion du patient.

Avez-vous une solution à ce problème de communication ?

Oui, avec la même équipe, nous avons eu l’idée d’une application (AppConnect) qui rend accessible le réseau de soins bruxellois et donne à la famille des informations sur la prévention des chutes. Je développe à cette fin des partenariats avec les réseaux de soins à domicile, des mutuelles et le centre de documentation et d’orientation sociale de la région Bruxelles-Capitale.

Son actualité :

Pour continuer de profiter du milieu entrepreneurial et de l’informatique pour les soins, nous avons créé un site Internet sur la douleur pédiatrique avec l’asbl ABELDI (association belge de lutte contre la douleur de l’enfant) : http://jeutesoigne.be. C’est un site qui va promouvoir la prise en charge de la douleur et les applications pour accompagner les enfants à l’hôpital. Ce site s’adresse non seulement aux parents, mais aussi aux enfants.

J’ai vraiment envie de mettre les mutuelles autour de la table avec les hôpitaux (Saint-Pierre, le Chirec et tous les centres de soins à domicile) pour discuter de l’autonomie des patients et pour essayer de rendre accessible ce réseau de soins. Tout le monde a intérêt à s’y mettre main dans la main. A Bruxelles, il y a beaucoup de flux migratoires, de langues différentes. L’idée est de traduire les informations de prévention afin que les personnes se sentent plus accueillies, plus autonomes. Par exemple, quand on va sur le site de Bruxelles Santé, les fiches sont orientées vers les professionnels francophones et néerlandophones, il serait intéressant de traduire ces fiches afin de les rendre accessibles à tous et dans leurs langues maternelles.


Quelle plus-value souhaitez-vous donner à vos projets ?

Les projets vont être adaptés aux demandes de ceux qui veulent s’en servir, parce que ça se fera avec eux. Je suis un infirmier impliqué dans la gestion de divers projets, ce qui me permet de trouver des solutions qui facilitent et améliorent la prise en charge des patients. Etant en contact avec les prestataires de soins ainsi qu’avec les patients, je connais les problématiques du milieu hospitalier et je mets tout en œuvre pour apporter certaines solutions.

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